Repartir, vite.

Depuis 3 ans que nous vivions en Afrique, nous avions pris le rythme des 5 mois de travail / 1 mois de pause en France. A chaque retour,, il était fréquent que les gens nous demandent où nous vivions (« euh attends lui on l’a jamais vu et d’un coup il vient tous les jours depuis 3 semaines, et en plus il se la joue « local », non mais c’est qui lui ? Un monsieur en RTT longue durée ? »). Quand nous expliquions que nous vivions au Gabon, les réactions étaient presque toujours les mêmes : « ce n’est pas dangereux ?« , « Il y a la guerre non ?« , « Et les maladies ? Le palu ? Le sida ? » « Et l’instabilité politique ? Les élections ? Ca ne vous fait pas peur ?« . Bref depuis ici, il semblerait que nous vivions dans un endroit glauque et dangereux…

De mon côté, j’ai toujours vu le positif: la plage, la vie facile, la vie simple, l’aide à la maison, les barbec’ entre copains. Il faut dire qu’il y a bien plus dangereux que le Gabon.

Mais il n’y a pas que ça. Le système entier repose sur la corruption. L’argent est détenu par une minorité de personnes. La prudence est la règle d’or : éviter de se promener seule au village la nuit, ne pas répondre aux policiers même si ce qu’il reproche peut sembler aberrant. Il faut aussi protéger ses enfants contre les crimes rituels très présents la-bas.

En trois ans j’ai appris à verrouiller les portes de ma voiture avant de démarrer, à vivre avec des grilles aux fenêtres, à supporter la présence 24/24h d’un gardien, à oublier les balades en poussette sur le trottoir ou même sur le bord de route, à garder mon sang froid face aux douaniers ou policiers. J’ai appris à vivre dans un autre pays que la France, à vivre dans un endroit où la sécurité n’est pas « garantie ». Je n’étais pas chez moi. Nous avons fait de notre mieux pour protéger notre famille.

Cela peut paraître dur, difficile à vivre par certains français. C’est d’autant plus bizarre que je n’ai qu’une envie : repartir la-bas ou ailleurs. Pourquoi cette envie ? Pourquoi ce besoin de quitter ce beau pays qu’est la France pour mieux l’apprécier ensuite ? Est-ce le goût du risque ? L’envie de changement ?

Les évènements de ces dernières semaines m’ont, je pense, donné une partie des réponses.

J’adore la France. Je suis fière d’être française. Tellement fière peut-être que je n’en supporte plus les travers. Cet article , qui n’apporte pas de Grandes information, a eu le mérite de m’ouvrir les yeux. Nous vivons dans un pays aseptisé, sclérosé = sans violence et sans avancement.. Je ne suis pas pour tel ou tel gouvernement. Malheureusement, j’ai je n’ai plus d’espoir depuis bien longtemps. Excusez-moi du raccourci mais, dès qu’il y a une toute petite initiative en France, aussi subtile soit elle, il n’en faut pas plus pour que les gens soient dans la rue, à faire la grève, en proclamant « leurs droits et libertés ». Est-ce un droit d’empêcher les entreprises de fonctionner ou les gens de circuler en bloquant les approvisionnements en pétrole ? Est-ce un droit d’empêcher nos enfants d’apprendre correctement ? (grève au moins un jour par semaine ces derniers mois à l’école de ma fille). Sommes-nous réellement dans un pays libre si le gouvernement élu par la majorité ne peut plus bouger un doigt sans créer le chaos général ?

Au delà de la politique, l’article en question met le doigt sur un fait que j’ai, jusqu’à présent eu du mal à comprendre : pourquoi 30 morts en Belgique attirent plus d’attention que des centaines au Nigéria ? Apparemment car ce dernier est catégorisé en « pays à risque ». Alors les gens peuvent mourir la bas. Par contre, en France, dans ce beau Pays « Liberté, Egalité, Fraternité », possédant toutes les armées et moyens nécessaires, c’est inacceptable. L’Etat censé protéger ses citoyens perd peu à peu sa crédibilité face à ces faibles organisations qui sèment la terreur. Et les médias en profitent pour enfoncer le clou, attiser la haine et la terreur, diviser la population et… vendre des journaux.

Le Gabon n’est pas le pays des Bisounours. Mais malheureusement la France non plus.

J’ai enfin compris pourquoi je voulais repartir. Je crois que je préfère vivre dans un pays moins sécurisé, le savoir, apprendre à compter sur moi-même, à construire de petites barrières autour de nous que de vivre dans celui qui me fait croire que rien ne m’arrivera jamais.

PS: désolé pour cet article moins léger que d’habitude, j’avais besoin de cracher mon venin même si le sujet est bien plus complexe que ces dernières lignes.

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6 thoughts on “Repartir, vite.

  1. Bonjour,
    J ai exactement le même sentiment ces jours ci….
    Après 3 années en chine et autant au Maroc, nous sommes rentre le 1 et novembre dernier…. Au début , on apprécie tout ce qui nous manquait la bas et surtout se sentir en sécurité dans la rue, lorsque je laisse les enfants à l’école…. Et puis chaque événement depuis le 13 novembre ont éloigné ce sentiment et le manque du Maroc est de plus en plusgrand. Ma vie la bas me manque et manque aux enfants! J ai réinscrit les enfants à l ecole là-bas pour septembre et je nous donne jusqu’à là mi août pour prendre la décision définitive pour repartir la bas.
    Je ne perd pas de vue que lorque l on goûte à l expatriation, c’est difficile d arrêter!!!
    Et encore plus pour les enfants qui n’ont connu que cette vie la!!

    • Je suis bien d’accord. Il y a pas a dire, il y a un petit décalage qui se créé et je crois bien que je l’apprécie. Et puis l’expat nous apporte une telle ouverture d’esprit pour nous et surtout pour nos enfants. Il me tarde de repartir à l’aventure. J’espère que vous repartirez vous aussi, de toute façon qu’avons nous à perdre ?

      • Entièrement d accord! Je vous souhaite de repartir très vite. Pour ma part C est décidé nous partons, les livres pour l ecole francaise et les fournitures scolaires sont commandés, les billets d’avion pour fin août réserves, et je dois dire que je me sens sereine maintenant que je « repars ». Merci pour votre blog .

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