Allaiter ou culpabiliser

Sur ce sujet, je pense que je pourrais écrire un roman… Alors que j’attends mon deuxième enfant, je repense de plus en plus à mon échec d’allaitement pour Miss choufleur. Quand je parle d' »échec », vous devez vous dire que j’exagère, que ce mot est bien trop négatif pour ce qu’il décrit. Mais c’est comme ça que je l’ai vécu.

Enceinte, je vivais pleinement, sans me poser aucune question. Puis vient le jour de la préparation à l’accouchement. Toutes mes copines françaises avaient choisi de donner le biberon, pour plus de pratique mais aussi et surtout pour faire participer le papa. J’aimais bien cette dernière idée. Alors, quand la sage femme espagnole a demandé aux futures mamans d’exprimer leurs choix, et que j’étais la seule à voir oser dire « biberon », la réaction du groupe a été radicale. J’ai eu droit aux gros yeux, comme si j’étais une future mère indigne, de ne pas vouloir donner le meilleur à mon bébé, blabla… La sage femme non plus n’a pas respecté mon choix en me demandant de me justifier et en terminant par un « tu devrais au moins essayer ». Puis toutes les séances se sont poursuivies dans ce sens, le « pro-allaitement » comme diraient certains. Au final, j’avais plus souhaité jouer la contraction que fait de réels choix. Je me disais que je verrais bien, que je suivrais mon instinct (qu’est-ce qu’on peut être bête quand on est enceinte !!).

Puis le jour de l’accouchement, la réaction de la sage-femme a été tout aussi radicale, elle m’a déposé ma fille sur le sein. Et là, j’ai laissé faire, je me suis dit pourquoi pas essayer ? Ca semblait si naturel…

Malheureusement, j’avais pris les cours de la sage-femme à la légère, pensant naïvement que tout se ferait naturellement. Je n’avais pas cherché à me renseigner sur les bonnes ou mauvaises positions. Je sais maintenant que l’allaitement se prépare, ou à défaut, s’accompagne.

La poursuite de l’allaitement à l’hôpital s’est donc faite un peu à l’improvisation, sans aucune aide (crise oblige). Je mourais déjà de douleur, j’ai demandé de l’aide mais je ne me suis pas sentie aidée. Je me rappelle juste de la sage-femme m’expliquant qu’elle n’avait pas trop le temps mais qu’elle consultait en privé hors de ses horaires si besoin (j’ai même pas demandé le prix tellement j’étais verte).

J’ai donc continué ainsi, avec pour seul ami… mes embouts de silicone ! Super la vision de l’allaitement :). J’étais fatiguée et sûrement anémiée, comme toutes les mamans qui viennent de donner naissance je pense. Au bout de 8 jours, rendez-vous chez le pédiatre en France. Verdict de la pesée: miss choufleur née à 3.4kg était à 2.9kg…. et je ne m’en étais même pas rendu compte… Alors certes je savais que je n’avais pas encore eu THE montée de lait, mais je ne m’étais pas plus inquiétée (on m’avait parlé de 10 jours). Donc premier coup de massue, ma puce n’avait toujours pas repris son poids de naissance et je n’étais pas dans la « norme ». La pédiatre en a rajouté une bonne couche : « c’est beaucoup trop faible, le verdict est clair madame, votre bébé a faim et vous n’avez pas assez de lait pour nourrir votre enfant, il va falloir compléter avec des biberons ». A la sortie de la clinique, je me suis littéralement effondrée de culpabilité. J’avais tout donné ces derniers jours, donné la tétée 1H toutes les 2h comme l’avait conseillé la sage femme (donc je n’avais pas dormi). J’avais sûrement donné égoïstement », car, moi la maman, je n’avais même pas vu que « mon bébé avait faim ». Même si c’était vrai, certains professionnels n’ont vraiment pas de tact. Encore un point à faire attention : choisissez avant l’accouchement votre pédiatre, prenez quelqu’un recommandé par votre entourage, en qui vous avez confiance et qui prendra le temps de vous conseiller.

Le problème dans tout ça, c’est que le jour où j’ai vu ma fille, j’ai décidé de l’allaiter et quand je décide quelque chose, je veux aller au bout. Vous m’avez comprise, je n’aime pas échouer, je voulais tout faire pour que ça se passe bien. J’ai donc persisté sur l’allaitement mixte…qui a complètement raté. Le bébé et moi étions décalés : elle avait faim je n’avais pas de lait, j’avais du lait, elle dormait. J’ai donc laissé tomber, l’allaitement mixte ce n’était vraiment pas possible, surtout au début.

Aujourd’hui, je cherche encore les possibles raisons de cet échec…

– Aurais-je dû tenter deux jours de plus (et attendre le fameux cap des 10 jours) ?

– Ai-je trop sous estimé la préparation ?

– Aurais-je dû demander plus d’aide et soutien ? J’ai appris plus tard l’existence des PMI…

– Est-ce un problème physiologique ? Pourrais-je allaiter un jour ?

Au final, j’ai aimé ce début d’expérience d’allaitement, ce rapprochement avec mon bébé et je regrette de ne pas avoir pu aller au bout.

Alors oui j’aimerais la revivre pour mon second, mais je garde cette peur de l’échec… Choisir le biberon serait la facilité, d’ailleurs le chéri est plutôt favorable à cette option. Non pas qu’il soit contre l’allaitement, à vrai dire ça lui est égal, mais cette option lui parait être la meilleure pour moi (et la je repense à ma tête à la sortie du rendez-vous avec la pédiatre, je devais être jolie 😉 !).

De mon côté j’ai l’impression que j’ai muri, que j’ai appris et compris beaucoup de choses dans cette première maternité. Même si j’étais amenée à vivre un deuxième échec, je pense l’accepter plus facilement.

Hier soir, j’ai discuté et partagé mon expérience avec une toute jeune maman d’un bébé de 3 mois. Elle m’a fait part de ses doutes et ses galères du début (crevasses, douleurs, fatigue). Elle a faillit laisser tomber plusieurs fois. Et ce n’est pas la première fois que j’ai ce type d’échange.

Peut-être que j’était sur un nuages. Ou peut-être bien que l’entourage (aussi bien proche que médical) ne met pas assez en garde les futures mères sur les obstacles à venir. Personnellement je pensais que tout serait simple et naturel, y compris l’allaitement, et je me rend compte que c’est un vrai challenge à relever. Il faut s’y préparer, et savoir s’entourer de personnes compétentes.

Plus j’écris ce billet, et plus j’ai l’impression d’avoir compris et d’avoir envie de retenter. J’ai encore 6 mois pour m’y préparer…

PS: je suis preneuse de vos conseils, recommandations d’ouvrages ou blogs sur le sujet. Merci d’avance 🙂

16 thoughts on “Allaiter ou culpabiliser

  1. J’ai été très bien accompagnée à la maternité pour mon allaitement et la montée de lait à eu lieu au 3ème jour. Depuis tout se passe super bien, sans crevasse, ni sang, ni pb particulier, même si les 2 premières semaines ont été un peu douloureuses. L’accompagnement des tous premiers jours est primordial à mon avis, et après il doit y avoir un certain facteur chance. Sincèrement pour mon bébé et moi ça s’est fait facilement et naturellement et je ne cherche pas à enjoliver (ou me vanter). Les SF et puéricultrices de la maternité ont sans foute joué un grand rôle en me montrant comment l’installer, en insistant les 2premiers jours sur la mise au sein, forçant presque mon BB en lui « bourrant le nez dans mes seins » (j’avais trouvé ça un peu brusque mais au final ça a permis à l’allaitement de bien se mettre en place). Un bon accompagnement (présence importante du personnel de la maternité) et de la chance, c’est ce qui pour moi aura permis une bonne mise en place de l’allaitement.

  2. C’est quand même bizarre que je n’ai pas eu la montée de lait à J+8… Comme tu dis, l’important est d’être bien accompagnée dès le début pour lancer la machine. Profites bien de ton allaitement 🙂

  3. Tu étais à hospital mar aussi non ? Au début les SF m’ont pas beaucoup aidé pour le mettre au sein et Arthur ne pleurait pas et ne réclamait pas donc c’est vrai que je ne me suis pas trop posée de question. le deuxième jour une SF m’a dit qu’il fallait que j’essaye plus. Du coup, à chaque fois j’appelai une sf pour qu’elle m’aide. même la nuit une femme est venue m’aider plusieurs minutes puis est revenue après dans la nuit pour savoir si ça allait. Le dernier jour une sf EXTRA est restée très lghts avec nous pour bien me montrer, m’expliquer… la montée de lait est arrivée à la sortie de la mater et tout s’est bien passé mais surtout grace aux teterelles.
    tout se passait à merveille jusqu’au 2 ème mois d’Arthur ou j’ai fait une mastite, ma sf etait en vacances, je ne voulais pas aller aux urgences avec mon nourrisson alors j’ai été voir mon docteur et vu que je n’ai pas eu de conseils pour mastite + allaitement je suis passée au mixte jusqu’au 6 mois. Je suis à 100% d’accord que pdt les cours de prépa la SF ne parlait QUE de l’allaitement, et quand je donnais le bib dans la rue je me sentais mal, comme si c’etait pas bien.. bref l’espagne = PRO ALLAITEMENT !
    Je suis désolée que ça se soit pas super bien passé à l’hopital, ça me choque ce que la SF t’a dit, elles sont la pour ça !!!!

    • Oui j’étais là bas. J’ai peut-être été trop négative dans mon billet, c’est vrai que l’accouchement a été top mais je me suis senti un peu seule après du coup. Les sages femmes sont venues certes, mais, c’était à chaque fois très rapide. Disons que le soutien sur l’allaitement me paraît nettement moins important en Espagne qu’en France. J’avais d’ailleurs moi aussi demandé une visite en extra (donc payante). Ensuite à vous lire je me dis que 0 montée de lait à J+8, c’est qu’il devait quand même y avoir un problème chez moi ! Merci pour ton témoignage en tout cas 🙂

  4. coucou et bravo pour ta franchise! j’ai pas mal écris sur l’allaitement que j’ai fait à l’instinct! j’ai tout découvert, je n’avais pas de lire, pas de conseil rien… je ne savais pas à l’époque que plein de choses existaient notamment la leche league. en ce qui me concerne, seule ma volonté et un bébé qui prenait bien ont été les facteurs clés. c’est génial d’avoir encore 6 mois et comme je te comprends qd tu dis que tu as muris et changé…. bonne continuation!

  5. L’allaitement ne doit pas être pris à la légère. Et toute nouvelle maman doit s’y initier pour le bien de son bébé. En effet, l’allaitement idéal c’est à chaque demande, donc il faut toujours rester attentif envers son bébé.
    Bon courage pour le prochain!

  6. Ici l’allaitement a aussi été un parcours du combattant. Mon objectif: tenir jusqu’à mon retour en Afrique (on habite au Sénégal) pour ne pas à avoir à trimballer toute seule tout le matos des bibs. P’tit boy avait 17 jours lorsqu’il a posé le pied sur le sol africain! Mais une fois arrivée tout est parti de travers et le jours de ses 1 mois on est passé au bib. Culpabilité max de mon côté puis qd j’ai vu qu’il reprenais enfin du poids et la joie du papa à nourrir son fils, bah on fait avec 😉

    • J’ai l’impression que beaucoup de femmes vivent cette expérience, tentent le coup et abandonnent (comme moi). Plus ça va plus je pense que ç’est un manque de préparation et de soutien. J’essaie d’arranger ça pour la seconde, on verra ;). Entre teps j’ai trouvé ce livre qui est pas mal du tout, même si c’est ultra pro-allaitement il y a de bons éléments si ça t’interesse !

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  9. Bonjour,
    Je suis maman de 2 enfants, dont la première allaitée 2 ans et 1 nourrisson allaité en ce moment 😉
    La 1ère semaine de BB1 était un calvaire de douleur, mais j’ai tenu bon malgré le manque de soutien… et j’ai vécu le bonheur de l’allaitement prolongé (non ce n’est pas malsain, c’est naturel)
    Une chose dont on ne pense pas toujours par rapport à l’allaitement : la nourriture. Par exemple, du simple persil peut couper les montées de lait !!! J’imagine bien que si dans la clinique où tu a accouché, ils t’ont servi des aliments « coupe-lait », tes hormones ont fait leur boulot, stopper les montées de lait… Savais-tu qu’une femme qui adopte peut allaiter (sans avoir fait de grossesse !) rien qu’en mangeant des aliments galactogènes et en mettant au sein en open-bar ?
    Pour ma part le malt fonctionne très bien en cas de petite baisse de régime (bière sans alcool, Ovom***ine), mais aussi le basilic (en pesto par exemple), fenouil, etc. L’idéal est de varier… et d’éviter quand même l’excès pour ne pas exploser dans la bouche de bébé (si si ! l’effet fontaine peut décourager bébé !)
    Je te conseille fortement le site de la Leache League http://www.lllfrance.org/
    où tu y trouveras toutes les informations dont tu peux avoir besoin pour un futur enfant 😉
    En France l’allaitement repose malheureusement trop sur beaucoup de fausses idées… lancées par les industriels ??? la question reste posée !
    Et le mot de la fin : oui, tu es capable d’allaiter :-))

    • Ooooh mille merci pour ton commentaire et ces précieux conseils. Félicitations à toi pour ces allaitements réussis ! Je me suis bien renseignée cette fois. Le seul hic c’est que j’ai peur d’être hyper fatiguée et anémiée encore une fois. Je vais prioriser le repos avant et après l’accouchement. Merci encore je pars au lit pleine d’espoir !

  10. De rien 😉
    C’est un super début déjà de t’être renseignée avant, car les conseils de certains professionnels de santé ne sont pas toujours bons à prendre : « allaiter toutes les 2h » par exemple, hum hum, encore une idée reçue : le mieux, selon tous les livres pro-allaitement que j’ai lus, c’est bien sûr le « à la demande du bébé ».
    Par contre je ne sais pas quelle serait la conduite à tenir en cas d’anémie (en tout cas tu peux déjà prendre des supplémentations en fer au cas où, manger des choses riches en fer…), mais une chose que je te conseille pour que tu sois sereine le jour où tu commenceras ton allaitement : mets dans ta valise d’accouchement le numéro de la leache league, ils te donneront de bons conseils j’en suis certaine (jamais essayé mais le site est tellement bien documenté que j’imagine que les animatrices seront de bon conseil… et en plus gratuit), c’est le 01 39 584 584 – ou alors il y a la liste des animatrices bénévoles sur toute la France ici :
    http://www.lllfrance.org/Nous-contacter/Une-animatrice-benevole-pres-de-chez-vous.html
    C’est vrai que j’insiste lourdement sur la Leache League mais personnellement, c’est ça qui m’a aidé à « réussir » mon premier allaitement malgré mon entourage qui me disait : « Elle ne fait pas ses nuits ? alors ton lait n’est plus assez riche », ou encore « l’idéal c’est de l’allaiter toutes les 2 heures », puis, à partir de 3 mois : « Tu l’allaites encore ? Tu vas arrêter quand ? » (genre c’est pas normal, alors que l’OMS recommande un allaitement exclusif de 6 mois)
    Je pense qu’avec ta seule volonté et un peu de soutien, tu auras la possibilité de donner ce qui est mieux pour bébé !
    Je te souhaite un bon accouchement et bien sûr… le plus beau des bébés allaités 🙂

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